Le Carnaval aux corbeaux d’Anthelme Hauchecorne; frissons au coin du feu

Synopsis :

Ludwig grandit à Rabenheim, un petit bourg en apparence banal.Claquemuré dans sa chambre, il s’adonne au spiritisme. À l’aide d’une radio cabossée, il lance des appels vers l’au-delà, en vue de contacter son père disparu. Jusqu’à présent, nul ne lui a répondu… Avant ce curieux jour d’octobre. Hasard ? Coïncidence ? La veille de la Toussaint, une inquiétante fête foraine s’installe en ville. Ses propriétaires, Alberich, le nabot bavard, et Fritz Frost, le géant gelé, en savent long au sujet du garçon. Des épreuves attendent Ludwig. Elles seront le prix à payer pour découvrir l’héritage de son père. À la lisière du monde des esprits, l’adolescent hésite… Saura-t-il percer les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval ?

couv3962335

Mon Avis :

Ce livre est édité par la maison d’édition du Chat Noir, et constitue déjà en un très bel objet. Il est relié, les pages sont légèrement jaunies, et il comporte des illustrations à tomber. On est instantanément transportés dans cet univers fantasque, inspiré de grands maîtres de la littérature.

Si comme moi, vous aimez les ambiances un peu glauques pour le retour de l’automne, jetez vous sur ce livre qui ne vous laissera certainement pas de marbre. Il constitue en une alternance de points de vues de trois personnages différents, qui ont éveillé tout de suite en moi une grande sympathie. C’est ma faute aussi: j’adoore les gamins maigrichons, bizarres et un peu dérangés dans les romans. De plus, il y a des références faites à Edgar Poe tout le long du récit, qui n’ont pas manqué de faire bondir mon petit cœur ravi. Oui je suis une groupie d’Edgar Poe, et alors ?

Le récit ne manquera pas de vous jeter des corbeaux, des citrouilles et de la pluie dans la figure; une ambiance de film sombre parfaite pour un mois d’Octobre. Le livre s’apprécie encore mieux à la lueur d’une petite lampe, quand la nuit tombe au dehors.

On suit Ludwig et Gabriel, deux amis de longue date qui vont se retrouver pris dans les mystères de l’Abracadabrantesque Carnaval. Les alternances de leurs points de vue  apportent une certaine dynamique au récit, mais elles m’ont paru un peu trop fréquentes. Je finissais par me perdre entre les différentes actions qui étaient menées de front (surtout le soir avant de me coucher, je n’arrivais pas forcément à tout suivre). J’ai pu avoir quelques impressions de récit brouillon à cause de cela, mais également de longueurs à certains moments. Il faut dire que les pages du livre sont grandes, ne vous laissez pas berner par ses 320 pages !

Si l’écriture semble faite pour les adolescents, je pense que ce livre peut tout aussi bien ravir les adultes, car le vocabulaire est très riche. Des thématiques comme la parentalité, le harcèlement scolaire, l’isolement, ou encore l’amour sont abordées, ancrant le récit dans un contexte social que nous connaissons tous. Il peut être intéressant de le proposer en bibliothérapie à des victimes de harcèlement scolaire. Le seul point noir que j’apporterais serait le traitement des personnages féminins qui sont trop peu nombreux dans le livre. Elle se campent à des rôles clichés de maman, de fille badass, ou de pleurnicharde apeurée. Évidemment, elle sont toutes des love-interest pour un des personnages masculins du livre. Vivement un peu plus de nuance dans les prochains tomes…

Bon alors, prêts pour les frissons ?

large

Publicités

Rois du Monde 1 : Même pas mort, pas terrible, mais bien écrit

Synopsis :

Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, fils de Belinos. Pendant la Guerre des Sangliers, mon oncle Ambigat a tué mon père. Entre beaux-frères, ce sont des choses qui arrivent. Surtout quand il s’agit de rois de tribus rivales… Ma mère, mon frère et moi, nous avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Là-dessus, le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : mon frère et moi, il nous a envoyés guerroyer contre les Ambrones. Il misait sur notre témérité et notre inexpérience, ainsi que sur la vaillance des Ambrones. Il avait raison : dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril. Comme prévu, je suis tombé dans un fourré de lances. Mais il est arrivé un accident. Je ne suis pas mort.

couv46533808

Et alors, qu’est ce que j’en ai pensé ?? :

Je ne sais pas trop à vrai dire. Tout au long de ma lecture, je n’ai pas réussi à déterminer si j’adorais ce livre, ou si je le détestais. Et encore maintenant, je me balance métaphoriquement d’une opinion à une autre, complètement perdue. Pour y voir plus clair, on va voir ensemble ce qui a coincé…

Tout d’abord, l’idée d’ancrer le récit avant l’invasion des Gaules par les romains est excellente. J’étais persuadée que j’allais en apprendre beaucoup sur les peuples Celtes qui ont habité dans ce qui est la France aujourd’hui. Je me suis un peu mis le doigt dans l’œil. Tout au long du récit, si des armes et des éléments de la vie quotidienne sont décrits, certains rites et croyances ne sont pas suffisamment développés pour moi. Je me suis sentie dans le flou pendant tout le récit, d’autant plus que sa chronologie est très acrobatique. J’ai eu beaucoup de mal à me sentir impliquée, tant je me posais de questions sur tel ou tel élément.

Le héros de l’histoire est un personnage auquel je ne me suis pas du tout attaché. Je n’ai pas eu peur pour lui, puisqu’il ne meurt pas de toute façon. On sait dès le début qu’on n’a pas besoin de craindre pour sa vie. De même lorsqu’il se retrouve en danger dans le passé, et bien je m’en fiche, puisque je sais qu’il est dans le futur ensuite. Bref, tout ça pour dire que j’ai trouvé que ce livre manque d’enjeux.

Même la résolution finale m’a un peu fait l’effet d’un soufflé qui retombait. J’ai eu un peu l’impression d’un « tout ça pour ça »… Au delà de cela, j’ai trouvé que l’écriture était très belle, et je n’ai pas boudé mon plaisir à la relecture de certaines phrases. Jaworski écrit bien, mais sans doute que ses thématiques de prédilection ne sont pas les miennes, dommage.

Amateurs de guerre, de mythologie celte et de guerre (oui j’ai dit guerre deux fois, mais ils font beaucoup la guerre), à vos livres !

couv46533808

 

Le livre de Perle

Synopsis :

Tombé dans notre monde une nuit d’orage, un homme emprunte le nom de Joshua Perle et commence une vie d’exilé. Cette nouvelle vie fugitive, déchirée par un chagrin d’amour, est aussi une quête mystérieuse. Au fil du siècle, Perle rassemble un trésor pour défaire le sort qui l’a conduit loin de chez lui. Mais ceux qui l’ont banni et le traquent le laisseront-ils trouver le chemin du retour? Perle a-t-il raison de penser que la fille qu’il aime l’attend toujours là-bas?

couv40429774

Mon Avis :

Deux ans que ce livre était dans ma pile à lire… argh ! Pourtant, à chaque fois que je le croisais dans ma bibliothèque, il me faisait envie, il m’appelait… Et là, enfin : l’automne et les feuilles qui craquent, le moment venu.

Le livre de Perle est un voyage onirique, qui parle d’un endroit où l’on croit aux fées, et d’un monde où l’on n’y croit plus. C’est une quête haletante entre rêve et réalité, qui nous fait basculer à chaque ligne d’un état émotionnel à un autre. Le style est poétique, il est accueillant, on se croirait rentré chez soi lorsqu’on se pose pour le lire. Pas besoin d’un gros pavé pour créer un univers: quelques mots bien placés, une ambiance, des petits riens qui changent tout. Timothée de Fombelle a une très belle écriture qui pourra ravir adultes et enfants.

Les personnages ont tous leur singularité, leurs parts d’ombres et de lumières, ce qui rend l’histoire belle, mais aussi remplie de pistes de réflexions sur les préjugés que nous pouvons avoir sur les personnes et le monde qui nous entoure. L’intrigue est bien menée: on finit toujours par comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire. Cet univers me semble tellement riche que j’aimerais bien y revoir un récit, avec d’autres personnages et d’autres enjeux.

Je n’ose pas en dire trop, car j’ai peur de trop en révéler, mais sachez que le Livre de Perle est un livre qui se rêve, qui sourit et qui pleure. C’est une histoire d’amour et d’amitié, mais surtout d’espoir. Et tout le monde le sait: l’espoir fait vivre.

Je vous laisse sur cette conclusion plan-plan tire-larme, en attendant, passez un bon dimanche, et n’oubliez pas, l’automne c’est la vie !!

Image de autumn, leaves, and fall

 

Persepolis, Marjane Satrapi

couv4054610-gif

Synopsis:

Toute petite, Marjane voulait être prophète. Elle se disait qu’elle pourrait ainsi soigner le mal de genoux de sa grand-mère. En 1979, l’année de ses dix ans et de la révolution iranienne, elle a un peu oublié Dieu. Elle s’est mise à manifester dans le jardin de ses parents en criant « à bas le roi ! ». Là, elle s’imaginait plutôt en Che Guevara. Il faut dire qu’à l’époque, son livre préféré s’appelait Le Matérialisme dialectique. Marjane trouvait d’ailleurs que Marx et Dieu se ressemblaient. Marx était juste un peu plus frisé, voilà tout. Après, la vie a continué, mais en beaucoup moins drôle. La révolution s’est un peu emballée. Et la guerre contre l’Irak est arrivée…
Dans Persepolis, Marjane Satrapi raconte son enfance sur fond d’histoire de son pays, l’Iran. C’est un récit drôle et triste à la fois, parfois cocasse, souvent touchant. Mais toujours passionnant. C’est aussi un petit événement : il s’agit de la toute première bande dessinée iranienne de l’Histoire…

Mon Avis :

Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas plongée dans une  bande-dessinée, et ça faisait des années que Persepolis me susurrait à l’oreille « viens… lis moi, regarde comme je suis chouette! ». Ni une ni deux, j’enfile mon costume de super lectrice aventurière, je cours à la B.U, et j’emporte avec moi le précieux tant convoité.

Je ne sais pas bien  comment chroniquer une bande-dessinée, tant ça m’arrive peut souvent, mais on va dire que je vais faire un plan tout bête : dessin, textes, et les deux ensemble. Ouais, je fais des plan niveau collège je sais, ne me jugez pas.

Dessin

Je suis une habituée des mangas, et pour moi, le noir et blanc donne une cachet et une ambiance inimitables à un récit. Le trait de Marjane Satrapi m’a tout de suite plu, tout en courbe, épuré et franc. Je ne suis pas critique d’art, mais je peux simplement dire que je me suis senti bien en suivant Marjane dans ses pérégrinations. La violence, les moments de bonheur, les doutes et les rêves sont ici retranscris de façon poignante. J’ai pleuré à chaque fin de tome.

Textes

Pas besoin d’être ultra calé en politique pour comprendre ce qui se trame en Iran, ou encore pour comprendre le message que Marjane essaie de faire passer. L’écriture va droit au but, de façon à nous prendre le cœur pour nous le tordre, ou le caresser. Ce sont des montagnes russes émotives, qui ne peuvent laisser personne indifférent.

Textes et Images

Je me suis attachée aux personnages, j’ai rit, j’ai pleuré, j’ai senti l’injustice, le besoin de comprendre, l’apaisement de l’héroïne. Je me suis senti proche d’elle, compatissante et émue de réaliser à quel point ici, en France, je ne sais rien de tous ces gens qui naissent, vivent et meurent dans l’oppression et la guerre permanentes. Tout ça parce qu’on a eu le malheur d’avoir du pétrole six pieds sous terre.

En Bref je ne peux que vous conseiller la lecture de Persepolis, avec un thé à la menthe et des chaussettes en pilou. Calez-vous un mercredi après-midi, ouvrez votre esprit, et laissez une bande-dessinée changer votre vie…